21 janvier 2026
UN URBANISME DU VIVANT, une fonction stratégique pour la ville
Thomas Boucher, dirigeant de l’Agence PRAXYS PAYSAGE, vient de se voir renouveler sa Qualification d’Urbaniste Qualifié par l’Office Professionnel de Qualification des Urbanistes OPQU®.
À cette occasion, il revient sur sa conception du métier d’urbaniste.
Architecte paysagiste et urbaniste : un métier au croisement des grands enjeux contemporains
L’architecte paysagiste et urbaniste intervient là où se fabriquent les milieux de vie, à l’interface entre les sols, les usages, les infrastructures et les récits des territoires.
Il est jardinier lorsqu’il observe le vivant, ses équilibres fragiles et ses capacités de régénération.
Il est architecte bâtisseur, lorsqu’il organise des relations entre le sol, le climat, des formes et des usages et la ville.
Il est urbaniste lorsqu’il planifie met en cohérence des intentions politiques avec la réalité sensible des lieux et des usages.
Il est aussi artiste, philosophe, ingénieur.
Concevoir la ville et les territoires à partir du vivant, c’est accepter que le projet ne soit pas une simple forme, mais un processus.
Un processus qui s’appuie sur les structures profondes du paysage — sols, cycles de l’eau, continuités écologiques, biodiversité — et qui reconnaît la place des habitants comme acteurs de leur milieu de vie.
L’architecte paysagiste et urbaniste travaille ainsi avec le temps long, l’incertitude et l’évolution. Il cherche à produire des espaces capables d’accueillir la vie, de s’adapter aux transformations climatiques, de retisser une relation sensible entre les habitants et leur environnement, et de redonner du sens à la fabrique des territoires.
Les projets d’aménagement se situent au cœur de transformations environnementales profondes et parfois radicales. L’architecte paysagiste et urbaniste est l’un des acteurs capables d’en saisir l’ampleur et la complexité, en travaillant à l’échelle réelle de ces enjeux : évolution du trait de côte, transformation des territoires de montagne liée à la diminution de l’enneigement, modification des régimes de pluie et amplification du couple sécheresse–inondation, recomposition des écosystèmes sous l’effet du changement climatique.
Ces mutations ne sont pas abstraites.
Elles transforment concrètement les territoires, leurs paysages, leurs usages et les conditions mêmes de l’habitabilité. Elles interrogent notre capacité collective à penser autrement la ville et les territoires, à accepter l’incertitude, à composer avec le vivant plutôt qu’à chercher à le maîtriser.
La crise environnementale est aussi, et peut-être avant tout, une crise de la sensibilité.
Non pas une sensiblerie vis-à-vis de la nature, mais une perte profonde de notre relation au vivant, de notre compréhension intime de ses rythmes, de ses processus et de ses limites. Une déconnexion progressive qui fragilise à la fois les milieux naturels et nos manières d’habiter le monde.
L’enjeu du travail est précisément de contribuer à retisser ce lien.
De replacer l’homme au sein du vivant, sans l’opposer à la nature, en considérant le territoire comme un milieu partagé, complexe et évolutif. Les projets sont ainsi guidés par cette volonté de reconnexion, et par l’expérimentation de nouvelles manières de concevoir les espaces urbains et paysagers.
Les projets d’aménagement concentrent des enjeux multiples et interdépendants. Mais au-delà de leur dimension technique, ces enjeux participent d’un même objectif : réintroduire le vivant dans le quotidien, dans les corps, dans les usages et dans les perceptions.
Le travail vise à concevoir des territoires qui se vivent autant qu’ils se comprennent : des projets où la technique devient sensible, où le vivant est perceptible, et où la ville redevient un milieu habitable pour le corps, les sens et le vivant dans son ensemble.
Les 6 enjeux à combiner dans un projet d’aménagement
- Adapter la ville au changement climatique et lutter contre les îlots de chaleur, c’est recréer des ambiances vivables, où l’ombre, la fraîcheur, l’humidité de l’air et le mouvement des feuillages agissent directement sur le confort thermique, mais aussi sur le bien-être physique et psychique des habitants.
- Retrouver les cycles de l’eau et désimperméabiliser les sols, c’est réapprendre à voir, entendre et sentir l’eau : la pluie qui s’infiltre, l’eau qui circule, les sols qui respirent. C’est réactiver une relation sensorielle à un élément essentiel, trop longtemps canalisé et rendu invisible.
- Faire preuve de sobriété foncière et réemployer les ressources, c’est ralentir le rythme des transformations, accepter l’imperfection, valoriser l’existant. C’est inscrire le projet dans une temporalité plus proche de celle du vivant, faite d’adaptations progressives plutôt que de ruptures brutales.
- Préserver et accompagner l’évolution de la biodiversité, c’est permettre la présence du vivant ordinaire dans la ville : oiseaux, insectes, végétation spontanée. Une présence qui nourrit nos sens, stimule l’attention, apaise et redonne une profondeur sensible aux espaces du quotidien.
- Améliorer la qualité des usages et du lien social, c’est créer des lieux où l’on a envie de rester, de se rencontrer, de prendre soin ensemble d’un milieu partagé. La relation au vivant devient alors un support de la relation entre les habitants.
- Composer avec les contraintes économiques, techniques et d’exploitation, enfin, c’est rendre cette relation durable, crédible et transmissible, pour qu’elle s’inscrive dans la vie quotidienne et non dans l’exceptionnel.
Les recherches contemporaines, notamment celles mises en lumière par Kathy Willis, rappellent combien le contact régulier avec la nature est essentiel à notre santé, à notre attention et à notre équilibre. L’enjeu du projet d’urbanisme, de paysage et d’architecture est alors de rendre cette nature accessible, ordinaire et quotidienne, intégrée aux lieux de vie plutôt que reléguée à des espaces spécialisés.
L’auteur
Paysagiste de formation, diplômé de l’École nationale supérieure du paysage de Versailles, puis architecte HMNOP, Thomas Boucher s’est très tôt orienté vers la compréhension des dynamiques urbaines et territoriales. En 2007, il fonde PRAXYS, agence de paysage et d’urbanisme qu’il dirige depuis, avec l’ambition d’y développer une pratique transversale, attentive aux milieux, aux usages et aux temporalités longues.
Dès l’origine, l’agence se donne pour horizon un urbanisme capable de dialoguer avec les sols, l’eau, le végétal, les usages et les récits des territoires, dans un contexte de transformation accélérée des milieux de vie. Depuis, PRAXYS accompagne collectivités et maîtres d’ouvrage dans des projets de renouvellement urbain, de requalification de quartiers, de centres-villes et de centralités, à des échelles et dans des contextes très variés.
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