Aujourd’hui, cette vision a profondément évolué. Non pas parce que la gestion des dates serait devenue plus sophistiquée – elle est maîtrisée depuis longtemps par les systèmes logistiques – mais parce que les enjeux qui y sont associés ont changé. La DLC est désormais au croisement de la performance économique, de la lutte contre le gaspillage alimentaire et de l’engagement sociétal des enseignes.
La gestion des dates : un prérequis, pas un différenciateur
Gérer correctement les dates en stock, identifier les produits à écouler en priorité, bloquer certains lots pour les ressortir au bon moment : ces fonctionnalités font partie du socle historique des WMS, en particulier dans l’univers des produits frais. Elles sont devenues un standard du marché.
La vraie transformation se situe ailleurs. Elle commence lorsque l’on ne se contente plus de « bien gérer » les dates, mais que l’on se demande ce que devient un produit lorsque sa fenêtre commerciale se referme.
Du retrait du stock au don structuré : l’industrialisation de la solidarité
Les enseignes de la grande distribution ne jettent plus. Elles donnent. Mais ce basculement ne s’est pas fait par simple volonté morale : il a fallu l’outiller.
Aujourd’hui, le WMS permet d’identifier en amont les produits candidats au don, de les bloquer dans les flux, puis de les orienter vers des associations selon des règles précises : par famille de produits, par typologie d’association, par disponibilité ou par contraintes logistiques. Les mouvements de stock sont tracés, regroupés, ajustables si nécessaire, jusqu’à la validation effective de la remise des produits.
Le don alimentaire n’est plus une opération ponctuelle ou manuelle. Il devient un processus logistique à part entière, capable d’absorber des volumes importants et de fonctionner de manière fiable, y compris en période de forte tension sociale, comme l’hiver.
En ce sens, la technologie logistique joue un rôle discret mais essentiel : elle permet de sortir le don de l’urgence pour l’inscrire dans la durée.
Quand le WMS devient aussi un outil fiscal
C’est l’un des tournants les plus récents – et les plus structurants. En France, les dispositifs fiscaux liés aux dons alimentaires existent, mais ils reposent sur un principe simple : la preuve.
Quels produits ont été donnés ? En quelles quantités ? À quelles associations ? À quelle valeur ? Et selon quels critères ? Sans outil, ces questions deviennent rapidement un frein. Les démarches sont complexes, chronophages et sources de risques.
Le WMS permet désormais d’automatiser cette chaîne de valeur invisible : identification des produits donnés, consolidation des flux, remontée comptable et génération des données nécessaires aux déclarations fiscales. Ce qui relevait auparavant de traitements partiellement manuels peut être industrialisé à l’échelle des entrepôts.
Autrement dit, l’avantage fiscal ne reste plus théorique. Il devient opérationnel, sécurisé et activable.
Une spécificité française qui pousse à l’innovation
Cette évolution s’inscrit dans un contexte très français. La réglementation nationale, la distinction claire entre DLC, DCR et DLUO, l’interdiction de destruction des invendus consommables et la structuration du tissu associatif créent un cadre à la fois exigeant et incitatif.
La France oblige les acteurs de la distribution – et leurs partenaires technologiques – à aller plus loin que la simple exécution logistique. Elle pousse les WMS à intégrer des dimensions fiscales, réglementaires et sociétales qui dépassent largement la gestion d’entrepôt.
En ce sens, le marché français agit comme un laboratoire. Il montre comment une contrainte réglementaire peut devenir un moteur d’innovation et comment la logistique, longtemps perçue comme un centre de coûts, peut contribuer concrètement à des enjeux de société.
Conclusion
La gestion des DLC n’est plus seulement une affaire de dates. C’est un sujet de responsabilité, de traçabilité et d’impact.
En structurant les dons alimentaires, en fiabilisant les dispositifs fiscaux et en outillant les engagements RSE des enseignes, le WMS s’impose aujourd’hui comme un maillon clé d’une chaîne logistique plus vertueuse, au service à la fois de la performance économique et de la cohésion sociale.
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Encadré
Loi Garot (2016) : obligation pour les grandes surfaces de ne pas détruire les invendus consommables
Loi n°2016-138 du 11 février 2016. C’est la loi fondatrice.
Ce qu’elle impose
- Interdiction pour les grandes surfaces alimentaires (> 400 m²) de rendre impropres à la consommation des invendus encore consommables, les détruire volontairement
- Obligation de : proposer une convention de don à des associations habilitées et organiser la valorisation alimentaire en priorité (avant l’alimentation animale ou la destruction)
La loi Garot n’est pas restée seule. Elle a été renforcée et élargie.
Loi ÉGALIM (2018) : Inscrit la lutte contre le gaspillage alimentaire dans une politique globale, renforce la responsabilité des acteurs économiques sur toute la chaîne, encourage les démarches contractuelles et traçables
Loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire – 2020) : le don alimentaire est reconnu comme une forme de réemploi. Accent mis sur : la traçabilité, la mesure, la preuve
Le cadre fiscal : incitatif, mais conditionnel
Le principe : Les entreprises peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt pour les dons alimentaires : 60 % de la valeur du don, dans certaines limites, sous réserve que le don soit fait à une association éligible, les produits soient encore consommables, les volumes et valeurs soient précisément documentés
Sans outil, beaucoup d’enseignes sous-déclarent, renoncent partiellement ou prennent un risque fiscal
Avec un WMS : données consolidées automatiquement + historique des flux + lien entre stock, comptabilité et fiscalité
A propos de l’auteur
Eric Desportes est Responsable produit WMS chez proLogistik (ex-DSIA) depuis 2016. Il qualifie les solutions fonctionnelles, définit la roadmap produit et participe aux réponses aux appels d’offres. Il a précédemment piloté des équipes logicielles, en charge de l’activité, du management et de la sous-traitance. Pendant dix ans, il a conduit des projets WMS, du cadrage des besoins jusqu’à la mise en production. Son parcours repose sur plus de 30 ans d’expertise en systèmes d’information logistiques et gestion commerciale.